Isabelle Falconnier

«Un jour, ma meilleure amie est arrivée avec un chapeau. Elle m’a demandé s’il lui allait bien. Il lui allait bien. Durant de long mois, régulièrement, elle m’a demandé mon avis sur un nouveau chapeau – bibi, béret, chapeau cloche – qu’elle étrennait. Et puis, un beau matin, ma meilleure amie n’a plus mis de chapeau, et sa mèche de cheveux retombait sur les yeux. C’est alors – je n’oublierai jamais sa phrase – qu’elle m’a remercié de ne pas lui avoir parlé différemment, ces longs mois où elle avait mis des chapeaux et passé des heures et des jours à l’hôpital, la peur de mourir au ventre. J’ai réalisé que sa plus grande crainte avait été que le cancer, avant même de savoir s’il allait la tuer, ne prenne le pas sur sa personne, et qu’elle-même ne disparaisse sous la maladie.

Avec humilité et reconnaissance, je constate, depuis que je voue ma vie au livre et à ses multiples pouvoirs, à quel point l’écriture permet aux hommes et aux femmes de traverser la maladie en étant des hommes et des femmes avant que d’être des malades.

En lisant – c’est Tahar Ben Jelloun qui raconte son cancer de la prostate dans L’Ablation, Oscar, 10 ans, qui raconte à Dieu sa vie à l’hôpital sous la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt, ou Sorj Chalandon qui dit la Joie féroce qui soude pour la vie quatre femmes réunies par leur cancer du sein, ou encore Lorraine Fouchet qui chante La mélodie des jours à ces mêmes femmes – se projetant ainsi dans une fiction qui, leur tendant un miroir, reconnait leur réalité et témoigne pour eux auprès de tous les lecteurs.

En écrivant – tant de mots accouchent de tant de larmes libératrices dans les ateliers d’écriture thérapeutique que proposent hôpitaux et écrivains. Écrire pour reprendre la maîtrise de son histoire, travailler sur soi mine de rien, permettre aux émotions de sortir tout en affirmant un «je» qui, maladie ou pas, mérite toute notre attention.

La fondation Fond’Action, en soutenant la recherche, parce que chaque famille est ou a été concernée par le cancer, permet à chacun de ne pas perdre le fil de sa propre histoire. Et lui donne une chance de connaître un happy end.»